
Affichage « Participation Citoyenne » à l’entrée de Saint-Didier-sous-Riverie
Ce qu’est le dispositif « Participation citoyenne »
Instauré en 2011 par le ministère de l’Intérieur, le dispositif de « participation citoyenne » s’inscrit dans une démarche partenariale entre les forces de l’ordre, les élus et la population, afin d’améliorer la prévention et la lutte contre la délinquance. Il se traduit par un protocole d’une durée de trois ans, signé par le préfet, le maire et les forces de sécurité, et transmis pour information au procureur de la République.
À Chabanière, ce protocole repose concrètement sur un fil WhatsApp reliant les citoyens référents de chaque village au lieutenant Martin, nouveau responsable de la brigade de gendarmerie. Le ou la référente de quartier n’a pas de liste des habitants d’un quartier alors ce sont plutôt aux habitants de se rapprocher de la mairie pour connaitre le ou la référent.e de leur quartier. Enfin, ce réseau ne remplace pas les forces de l’ordre : son rôle est de faire remonter l’information, surtout pas de faire intervenir les habitants !

Schéma simple du fonctionnement du dispositif
Les chiffres de la délinquance dans notre secteur
Les statistiques présentées lors de la réunion méritent qu’on les mette en perspective. Pour les atteintes aux biens (cambriolages, vols de véhicules et d’accessoires) sur l’année 2025, Chabanière enregistre 25 faits, soit 5,8 pour 1 000 habitants. Comment se situe-t-on par rapport aux communes voisines ?
| Commune | Faits 2025 | Pour 1 000 hab. |
|---|---|---|
| Beauvallon | 37 | 8,7 |
| Saint-Laurent-d’Agny | 18 | 8,5 |
| Mornant | 42 | 6,6 |
| Chabanière | 25 | 5,8 |
| Sainte-Catherine | 4 | 4,1 |
Chabanière se situe dans une position intermédiaire. C’est une réalité à ne pas minimiser, mais aussi à ne pas dramatiser. Les atteintes aux biens ont par ailleurs diminué sur la période janvier-mai 2026 par rapport à la même période en 2025, passant de 43 à 32 faits.
Note : ces chiffres sont rapportés à partir des notes prises lors de la réunion publique.
La route, premier danger du quotidien
Un chiffre a peut-être été trop vite passé en revue lors de la réunion : le nombre d’infractions au code de la route a bondi de 34 à 53 entre janvier-mai 2025 et la même période en 2026, soit une hausse de 52 %. Même si le nombre d’accidents corporels est resté à 3 sur la période, les excès de vitesse restent particulièrement préoccupants, notamment sur la D42 mais aussi dans les bourgs et hameaux.
Pour CVV, c’est un sujet central : nos villages doivent être sûrs pour les piétons et les cyclistes. Des aménagements physiques (trottoirs, ralentisseurs, rétrécissements, pistes cyclables sécurisées, feu tricolores automatiques) sont un bon moyen de réduire la vitesse et d’améliorer la sécurité dans nos villages. Ce sont effectivement les chauffards du quotidien qui sont la cause principale d’insécurité. Plus que les bandits et les voleurs.
WhatsApp, vraiment le meilleur outil ?
L’utilisation de WhatsApp comme support du dispositif mérite qu’on s’y arrête. C’est une application gratuite et accessible, certes. Mais c’est aussi une plateforme appartenant à Meta, dont le modèle économique repose sur la collecte de données personnelles et qui a un passif avéré d’utilisation de ces données à des fins de manipulation électorale. Pour un dispositif officiel, signé en préfecture, associant des citoyens à l’action des forces de l’ordre, l’usage d’un outil souverain ou éthique serait plus cohérent.
Des alternatives existent et sont bien rodées : Signal offre un chiffrement de bout en bout solide et est plébiscité par les associations et les institutions soucieuses de la confidentialité. Olvid, application française certifiée par l’ANSSI (l’agence nationale de cybersécurité), offre des garanties encore plus fortes et peut revendiquer une origine tricolore.
Nous ne remettons pas en cause la bonne volonté de ceux qui ont choisi WhatsApp pour sa simplicité. Nous posons simplement la question : pour un dispositif institutionnel de long terme, ne vaut-il pas la peine de faire un pas supplémentaire ?
Vigilance citoyenne ne veut pas dire méfiance généralisée
Le dispositif de participation citoyenne peut renforcer le contact et les échanges au sein des villages et peut aussi contribuer à la sécurité autant qu’au renforcement du lien social entre les habitants. C’est ce que nous retenons de positif dans cette démarche.
Mais un tel dispositif comporte un risque qu’il faut nommer : celui de nourrir une forme de surveillance généralisée, où chaque comportement inhabituel devient suspect, où les différences suscitent la méfiance. Attention aussi à ne pas tomber dans les travers que l’on connaît : la discrimination par l’apparence, l’origine ou la classe sociale. Signaler un camion inconnu garé devant une maison vide n’est pas la même chose que surveiller les allées et venues de ses voisins. Le dispositif institutionnel de participation citoyenne vise à renforcer les solidarités de voisinage, pas à transformer chaque habitant en agent de surveillance. Encore moins à renforcer les stéréotypes.
Cette ligne doit rester claire.
Les limites du dispositif
Ce type de dispositif ne surgit pas de nulle part. Il prend le relais, au moins symboliquement, d’un service public qui s’est retiré du terrain : la police de proximité, introduite par Jospin en 1998 et supprimée par Sarkozy en 2003. Ce retrait a laissé un vide que des solutions comme la « participation citoyenne » viennent en partie combler, en s’appuyant sur la disponibilité et la bonne volonté des habitants plutôt que sur des effectifs dédiés et présents au quotidien. La question n’est pas de blâmer les gendarmes ni les citoyens référents, mais de ne pas se satisfaire de ce simple palliatif.
Il faut aussi resituer ce dispositif à sa juste place : c’est une version très atténuée de ce que pourrait être une véritable « participation citoyenne ». Ici, le rôle des habitants se limite à un canal de signalement à sens unique vers la gendarmerie, sans aucune instance de dialogue, de co-construction ou de décision partagée. Une participation citoyenne plus ambitieuse pourrait par exemple prendre la forme d’une commission municipale « sécurité » ouverte aux habitants et où seraient discutées les priorités d’aménagement voire un budget participatif fléché sur la sécurité. Le fil WhatsApp avec la gendarmerie n’est pas incompatible avec ces outils, mais il ne doit pas en tenir lieu. La démocratie participative est une mesure phare du projet de Chabanière Villages Vivants.
Prévenir plutôt que surveiller
Derrière les chiffres de la délinquance se cachent souvent des réalités sociales : ennui, désœuvrement, recherche d’adrénaline chez des jeunes qui manquent d’activités. La sécurité durable passe par la prévention.
Proposer des activités sportives, culturelles ou associatives accessibles aux jeunes de nos villages ; créer des espaces de rencontre intergénérationnels ; créer des sanctuaires de bio-diversité; faciliter leur accès par voie cyclable ; soutenir les familles en difficulté : tout cela concourt à réduire les méfaits bien plus en profondeur qu’une caméra ou qu’un groupe WhatsApp.
Nous saluons la participation citoyenne et l’investissement de volontaires pour la sécurité dans la commune. Ce type de dispositif est bienvenu mais nous pensons que la sécurité n’est pas un sujet à part : c’est le résultat d’une commune vivante, solidaire et où chacun a sa place.
PS : La réunion a aussi été l’occasion de rappels de bon sens bienvenus : fermer sa porte quand on jardine, ne pas laisser ses clés visibles, se méfier des faux coursiers qui tentent de soutirer des codes de carte bancaire par téléphone (en forte hausse actuellement). Pour ces arnaques téléphoniques, le numéro 33-700, mis en place par l’État, permet de signaler efficacement les numéros frauduleux.
CVV continuera de suivre les activités municipales sur ces sujets et vous tiendra informés. Si vous souhaitez rejoindre notre groupe ou nous faire part de vos observations, contactez-nous.
